Homélie du dimanche 7 mars 2021

La première lecture d’aujourd’hui sur les dix commandements donne le ton à ce troisième dimanche du carême. Il est intéressant de constater que la liste des commandements mentionnés ne commencent pas par une obligation, mais par le souvenir de ce que Dieu a fait pour son peuple: «Je suis le Seigneur ton Dieu, celui qui t’ai fait sortir d’Égypte, de la maison de l’esclavage». Le comportement du peuple hébreu sera donc la réponse à cette libération qui lui a permis de retrouver sa dignité humaine: «Tu n’opprimeras pas l’étranger. Vous savez ce qu’éprouve l’étranger, car vous-mêmes avez été étrangers au pays d’Égypte.» (Exode 23, 9) L’action de Dieu en faveur de son peuple est la base de la Loi donnée à Moïse et, suite à cette libération, les commandements invitent au respect que l’on doit avoir pour Dieu et pour les autres.

Le respect c’est plus qu’une question de bonnes manières, c’est un témoignage d’estime, d’intérêt et même d’amour. C’est aussi une condition essentielle pour que règne la paix dans la communauté. Le manque de respect conduit à l’injure, l’insulte, le mépris, l’intimidation, le ridicule, le rejet et l’exclusion.

Est-ce que j’ai vraiment du respect pour Dieu, pour mes parents, pour la famille, pour les faibles, pour les étrangers, pour ce qui appartient aux autres. Voilà les commandements que Dieu a donnés à Moïse.

L’image que nous donne Jean, dès le début de son Évangile, n’est pas celle d’un Jésus doux et humble de cœur, mais bien celle d’un Jésus violent. N’expliquons pas trop rapidement cette colère par des abus du commerce du Temple.  Des animaux devaient y être offerts au Temple chaque jour.  Les juifs achetaient sur place l’animal qu’ils devaient offrir.  Cette pratique était aussi ancienne que le Temple lui-même, depuis dix siècles.

La violence de Jésus se rattache à celle des prophètes. Bien avant lui, les prophètes n’y allaient pas de main morte pour dénoncer les pratiques du temple. Isaïe met ces propos dans la bouche de Dieu : « Je suis rassasié de vos holocaustes de béliers et de la graisse des veaux. N’apportez plus vos offrandes inutiles. C’est pour moi une fumée insupportable. Recherchez plutôt le droit et la justice. » Amos renchérit : « Le sacrifice de vos bêtes grasses, je ne le regarde plus. Écartez de moi le bruit de vos cantiques. Que je n’entende plus la musique de vos harpes. Mais que le droit coule comme l’eau et la justice comme un torrent qui ne tarit pas. »

Les prophètes dénonçaient, et avec quelle vigueur, l’incohérence entre ce qu’on célébrait dans les temples et ce qu’on pratiquait dans la vie quotidienne.

Mais en réalité le geste énergique de Jésus porte bien plus loin. Il met un terme au rituel des sacrifices. Dans la religion d’Israël, comme dans toutes les religions anciennes, il y avait un lien essentiel entre violence et sacré. 1 Il y a en tout être humain une source de violence, qui l’effraie et qu’il essaie de la canaliser dans des sacrifices où les victimes immolées (dans le Premier Testament, ce sont des animaux) deviennent l’objet symbolique de cette violence.  Dans les sacrifices, l’homme projette sa violence hors de lui-même sur un « bouc émissaire » (le rituel ancien du yom Kipour), pour pouvoir mener une vie sociale plus ou moins harmonieuse.

En chassant du Temple tout le monde, Jésus montre bien qu’il entend mettre fin à cette religion sacrificielle.  Et les Juifs le comprennent fort bien lorsqu’ils lui demandent ce qui l’autorise à poser un geste plus fort encore que tout ce qu’ont fait les prophètes avant lui.  La réponse de Jésus est elle aussi d’un radicalisme qu’il ne faudrait pas édulcorer :  elle signifie qu’à partir de maintenant l’être humain ne peut plus ritualiser la violence qu’il porte, ne peut plus la projeter rituellement hors de lui-même.  Il doit faire face à cette violence là où elle se trouve : dans son cœur et dans sa vie, qu’elle soit violence infligée ou violence subie.  Le signe qu’une ère nouvelle est commencée lorsque les hommes assassineront Jésus et que, par fidélité à son Père et par amour pour les hommes, il acceptera d’être l’objet de ce meurtre en renonçant à toute forme de représailles.

Le Christ veut faire de notre corps, de tout notre être sa demeure mais il nous aime tellement qu’il est prêt à livrer son propre corps pour nous sauver Qu’avons-nous fait du temple de Dieu que nous sommes ? Il peut arriver que quand nous nous approchons de Dieu pour la prière, notre cœur de croyants demeure parfois encombré de marchandises et de calculs, comme un temple profané. Il est des jours où Jésus pourrait surgir dans notre vie, pour nous dire, à nous aussi, avec l’insistance d’un véritable ami : « Enlève cela d’ici ; ne fais pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »

« Car le temple de Dieu est saint, et ce temple, c’est nous. » Ici l’enseignement de saint Paul vient s’articuler sur celui de Jésus : puisque le Corps ressuscité de Jésus, « en qui habite corporellement la divinité » (Col 2,9), est le Temple de Dieu par excellence, nous, chrétiens, membres de ce Corps, sommes temples de Dieu, temples de Jésus-Christ, temples du Saint Esprit.

Seigneur Jésus, viens faire de chacun de nous une demeure digne de ta présence ! Gloire et louange à Toi qui vis et règne pour les siècles des siècles. AMEN

Abbé Willy Mirindi Banganga

Coresponsable de l’Unité Pastorale Bruxelles Centre