Homélie de ma messe du dimanche 7 février

La première lecture de ce dimanche affronte la question la plus terrible de nos vies, celle de la souffrance. Et beaucoup d’entre nous se reconnaîtront dans les plaintes de Job ; car l’une des grandes qualités de ce livre est la vérité, l’actualité des questions qu’il ose poser. Job souffre d’un mal insidieux. Sa vie, jadis comblée et vécue dans la crainte de Dieu, est devenue pénible, une corvée. Sa souffrance, morale et religieuse, le mine; elle est intenable. Cet homme, autrefois riche de biens matériels et d’amis, est maintenant désabusé : ses jours sont des jours de manœuvre, ses nuits sont envahies de cauchemars. Il éprouve le vertige du néant, la nullité de son existence et il ne voit pas d’issue à son malheur. Il crie à Dieu sa souffrance, récrimine, se bagarre, accuse. Tout en étant écrasé par la souffrance, nous constatons que Job maintient le lien avec Dieu et reste en sa présence, comme si le fait d’aller au fond de son désespoir lui permettait de retrouver ses assises, la mémoire de Dieu qui guérit et élève. Dès lors les vociférations se transforment en prière : Souviens-toi, Seigneur… (v. 7).

Job nous encourage à ne pas retenir nos cris, mais à garder confiance et tenir fort la main de Dieu : puisqu’Il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Comme dit Claudel, « Jésus n’est pas venu expliquer la souffrance mais l’habiter par sa présence ».

Et au beau milieu de toute cette souffrance, voilà Jésus. Le passage de l’évangile selon Marc que nous venons de lire donne l’impression que nous sommes en présence d’un guérisseur universel. Partout où il passe, les miracles semblent fleurir comme jonquilles au printemps. Difficile, évidemment, de savoir quelle réalité historique exacte se cache derrière ce récit. Difficile et sans doute inutile. Car plus que la matérialité des guérisons, ce qui importe, c’est leur sens. Pourquoi Jésus guérit-il tous ces souffrants ? Etait-ce bien utile, puisque, de toute façon, fièvres, maladies et infirmités ont continué après lui ?

            Si l’on regarde bien le texte, Jésus nous donne la clé de son action : « Allons ailleurs, dit-il, pour que là-bas aussi je proclame la Bonne Nouvelle ». C’est comme une nécessité intérieure qui le pousse et l’empêche de mener une vie bien tranquille dans son petit village de Nazareth. Il va par les chemins et les villages de Galilée annonçant la Bonne Nouvelle que voici : Dieu n’est pas enfermé dans un temple ni dans les églises, ni dans la religion, attendant les prosternations de ses adorateurs. Dieu est au milieu du peuple, de ce peuple humain dont la vie n’est pas toujours rose, un peuple qui, comme dit Job, « fait des journées de manœuvre et ne compte que des nuits de souffrance ». Jésus, par sa parole et ses actes, ne cesse de témoigner que Dieu « a vu la misère de son peuple », comme il avait été révélé à Moïse. Et il proclame un Dieu plein de tendresse, de miséricorde, de pardon. Un Dieu qui a mal au ventre de voir en quel état nous sommes, nous pauvres hommes et femmes qui peinons à vivre et à rester debout.

            Alors, écrit l’Apôtre Paul, Jésus « s’est fait serviteur de tous », il a « partagé la faiblesse des plus faibles, il s’est fait tout à tous pour les sauver ».

Que faire pour mieux vivre la Parole de ce dimanche en cette période d’épreuves ? Sainte Thérèse d’Avila disait : « Le monde est en feu ! Ce n’est pas le moment de traiter avec Dieu d’affaires de peu d’importance ! » Le monde est en feu, il urge d’aimer.

Saint Marc nous a présenté la journée typique de Jésus comme un exemple à suivre. Nous n’avons pas le pouvoir de guérir, mais nous pouvons tous avoir de la compassion, être présents auprès de ceux et celles qui souffrent, écouter ceux et celles qui vivent dans la solitude, accueillir, tendre la main. Dans un monde blessé par tant de violences, de misères, de souffrances et de maladies, il devient urgent d’allumer une petite chandelle au coeur de la nuit. Comme le dit un vieux dicton: «Il vaut mieux allumer une petite chandelle dans le noir, que de maudire la noirceur».

Nous sommes invités aujourd’hui, à l’instar du Seigneur, à faire renaître l’espoir, à rallumer la lampe qui vacille, à redonner le goût de vivre et la force de continuer le chemin. Il faudrait savoir mettre la main sur l’épaule de celui et de celle qui souffre, de les regarder dans les yeux et leur redonner confiance, de les encourager, de les motiver. Il suffit parfois d’un simple regard, d’un simple geste d’amitié.

Savoir accompagner sans juger, aider sans poser de questions, être là pour la personne malade, blessée, accusée, condamnée, jetée par terre… «Jésus fit lever la belle-mère de Pierre en la prenant par la main». Et sur la croix, juste avant de mourir, il dira au voleur crucifié avec lui : «Aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le paradis».

Que l’expérience que j’ai de toi, Seigneur, soit vitale ! Qu’elle touche toute ma vie, tout mon être parce que sans toi je ne peux pas vivre vraiment. Et avec toi, je vis ressuscité. Amen.

Abbé Willy Mirindi Banganga

Coresponsable de l’Unité Pastorale Bruxelles Centre