Ancien Grand Serment Royal et Noble des Arbalétriers de Notre Dame au Sablon

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Le double caractère de corporation civile et religieuse, étroitement lié au Moyen-âge, obligeait le Grand Serment de l’arbalète à disposer d’un lieu de culte qui se devait d’être à la hauteur de son renom et de son importance dans la cité.
Il faut dire que ce corps particulier brillait au XIVe siècle d’une splendeur particulière. La « Grande Gilde », ou « Gilde des Schutters », tireurs d’arbalètes, était à la solde de la Ville et devait être toujours prête à donner main-forte aux décisions du magistrat. S’agissait-il d’arrêter un brigand ou un meurtrier, d’assaillir le château d’un seigneur ennemi, c’était à elle qu’on s’adressait. Elle suivait quelquefois le duc dans des expéditions peu importantes et dans ces circonstances, la Ville soldait ses membres ; mais ces derniers marchaient à leurs frais, lorsque le pays se levait en masse et que le service militaire était obligatoire. Ils avaient pour capitaines un chef doyen, un sous-doyen et quatre jurés, tous nommés pour un terme d’un an.
En 1304, la Grande Gilde sous le règne de Jean II, une charte en fait foi, aura l’occasion de construire enfin une chapelle en l’honneur de la Vierge, au lieu dit « le Sablon ».
Que dit la charte de 1304 ? Il y est stipulé, que la mère supérieure, les sœurs et frères de l’hôpital Saint-Jean au Marais à Bruxelles, cèdent à la Grande Gilde de l’arbalète une partie d’un terrain situé hors des murs de l’enceinte primitive de Bruxelles, à l’endroit appelé « Saevelwech », « chemin au sable » qui depuis quatre ans leur servait de cimetière, pour y construire une église ou chapelle en l’honneur de la Vierge. Les frères et sœurs déclarent formellement dans cet acte, que la cession de cette partie de terrain est faite aux arbalétriers du Grand Serment à titre purement gratuit et pour corroborer cette disposition, ils s’engagent à ne jamais élever aucune prétention sur les biens que l’église pourrait acquérir par testament, par aumône, offrandes ou tout autre moyen. En vue de financer les travaux, les arbalétriers s’engagent à léguer à leur mort, à la chapelle, leur meilleur chaperon et la meilleure arbalète avec ses accessoires. Si le Compagnon décédait en cours de l’année où il était « Roy du Serment », il devait de plus léguer le joyau qu’il avait reçu comme prix de son adresse au tir et léguer également son uniforme au complet. Cette charte fut soumise au duc Jean II qui la revêt de son sceau ducal.
L’édifice religieux ainsi construit est encore témoin de tous les grands événements de la Gilde du Grand Serment reconstitué en 1853 par Sa Majesté Léopold 1er. Ce dernier est plus connu, aujourd’hui, sous le titre d’ « Ancien Grand Serment Royal et Noble des Arbalétriers de Notre Dame au Sablon ». Chaque année, lors de leur messe d’intronisation des Roys qui a toujours lieu le jeudi de l’Ascension, les nouveaux Compagnons prêtent encore serment d’allégeance au duc de Brabant, l’actuel futur héritier du trône, à la Ville de Bruxelles et au règlement de la Gilde. Cette cérémonie a toujours lieu en en présence du Représentant de Sa Majesté le Roi « Grand Maître de la Gilde ». Généralement, l’enterrement d’un Compagnon, la messe d’obit pour le premier anniversaire du décès d’un Compagnon, etc. prennent toujours place dans notre chapelle. Les enfants des Compagnons peuvent y être baptisés et leur mariage peut y être célébré.

dsc_0624L’église du Sablon venait d’être achevée, quand en 1346, le magistrat, les métiers et les arbalétriers y transportèrent en grande pompe une statuette miraculeuse, vénérée depuis longtemps à Anvers sous le nom d’ « Onze lieve Vrouw op Stocksen ».
Il faut laisser la place ici, à la légende et il en existe plusieurs. L’une des versions raconte que cette image se trouvait dans une église d’Anvers ; mais comme elle était fort ancienne et que le temps l’avait fort détériorée, le peuple l’avait en mince vénération. Seule, une vieille femme, Béatrice Soetkens, fort dévote à Notre-Dame, la visitait tous les jours, lui allumait un cierge et désireuse de la voir honorée comme elle le méritait par tout le monde, elle chargea un peintre de la restaurer et de lui donner quelque lustre : en voyant cette statue vermoulue, l’artiste ne daigna pas y songer et n’en fit aucun cas. La bonne vieille cependant s’affligeait bien de ce qu’il ne s’occupât point de la peindre et de l’orner. Une nuit, la Sainte Vierge lui apparut pendant qu’elle était au lit et lui ordonna d’aller voir son image : la vieille dévote s’empressa de faire ce qui lui était enjoint, et dès le point du jour elle se rendit à l’église où elle trouvera la précieuse statue miraculeusement peinte de la main des anges, à la grande stupéfaction du peintre à qui elle la montra. La vieille femme continua à honorer sa madone avec un redoublement de ferveur et à orner la statue dans l’église où on l’avait replacée. La Sainte Vierge lui apparut derechef, lui ordonna de prendre son image, de l’enlever d’Anvers et de la porter à Bruxelles, où il lui serait agréable de demeurer. Comme la vieille tardait à accomplir l’ordre qui lui avait été révélé, la Vierge lui apparut une troisième fois et la réprimanda de n’avoir point obéi à ses injonctions. Dès qu’il fit jour, la pieuse vieille femme entra dans l’église, enleva l’image fort respectueusement et s’enfuit avec celle-ci jusqu’à une barque préparée sur l’Escaut qui baigne les murailles d’Anvers. Le curé de l’église la poursuivit pour lui reprendre son précieux fardeau. On dit aussi que le sacristain voulut s’opposer à l’exécution des ordres du Ciel, mais qu’il fut frappé d’immobilité. La Sainte Vierge la guidant, Béatrice Soetkens remonta avec sa barque, léger esquif, le fleuve jusqu’à l’embouchure de la Senne, par où elle arriva rapidement à Bruxelles sans être inquiétée. Elle y fut reçue par le duc, son fils Henri, le magistrat, les métiers et les arbalétriers qui transportèrent avec pompe la statue dans la chapelle du Sablon.
Depuis ce jour, l’histoire de la Gilde des Arbalétriers se confond avec celle de Notre Dame au Sablon ou de « Notre-Dame au bateau », dont l’effigie de la nacelle qui transportait Béatrix et la statue miraculeuse, figure encore, représentée dans le croisillon droit du transept de l’église, au-dessus du portail de l’est.
Le souvenir de cet événement a de plus, été conservé par des traditions, des tapisseries, des sculptures et de vieux tableaux.
La représentation de « Notre-Dame au bateau », image que l’Ancien Grand Serment Royal et Noble des Arbalétriers de Notre-Dame au Sablon, utilise encore toujours pour se différencier des autres Serments, date de cette époque déjà. Le jour du tir du Grand Serment, le bedeau remettait à chaque confrère un jeton portant sur la face une chaloupe à voile, contenant la Vierge avec l’Enfant Jésus, une femme à la poupe et un matelot à la proue, avec cette devise en exergue : « O mater Dei memento nostri », et au revers une arbalète, l’année du tir et la légende :
« Teekene van den Grooten Gulde in Bruesele »
J.STEVELINCK
Hérault d’Armes de la Gilde